Le prix à la pompe... les taxes biensur

Publié le par Pierre Abadie

Bonjour

Bonjour à tous, suivant les informations françaises sur le sujet du prix de l’essence a la pompe. J’ai eu l’impression à plusieurs reprises que l’on reprochait le prix cher à la pompe aux entreprises pétrolière. Dans cette histoire j’ai l’impression que l’on confond tout, prix du baril, marge de raffinage, marge du distributeur… mais surtout que l’on oublie une chose très importante qui est la part des taxes dans le prix du carburant à la pompe.

A mon sens, si un mécontentement se fait sentir, si le prix a la pompe deviens trop élevé et menace la croissance, ce n’est pas sur les compagnies pétrolières qu’il faut taper mais premièrement sur les taxes carburant. Celle-ci représentent environ 80% du prix à la pompe pour être clair sur un litre d’essence acheté 1.50Euro, 1.20Euro est reversé à l’état… le prix de l’essence sans taxe est donc 0.30Euro soit moins cher qu’un litre d’eau minérale.

Est-ce de la démagogie que de demander aux compagnies pétrolières de baisser le prix à la pompe. A mon sens, la réponse est oui. Surtout lorsque l’on sait que des réseaux comme celui de total par exemple ne cible pas le particulier comme consommateur clef. En effet, 80% des clients d’une station total sont des flottes de véhicules contre seulement 20% de particuliers. En d’autres termes, le fait que total baisse ces prix ne change rien pour la majorité des particuliers puisque de toute façon ils vont à carrefour pour faire le plein.

Bref, veuillez trouver ci-dessous la réaction un discussion avec le directeur raffinage-marketing de Total. Je trouve cette discussion claire et peu langue de bois… bonne lecture :

 Entretien avec Jean-Paul VETTIER - Directeur Général Raffinage Marketing

 1. Vous êtes Directeur Général du Raffinage-Marketing de Total. Pourquoi prendre la parole aujourd'hui au sujet des carburants ?

Nos clients sont mécontents devant la montée des prix des carburants et réduisent leur consommation : comment un pétrolier comme Total pourrait-il être satisfait de ce double constat ? Seul un pétrolier « masochiste » pourrait l'être... Alors, quand on entend à peu près tout et le contraire sur les prix des carburants, j'ai envie de dire trois ou quatre choses, en effet simples, sur le sujet.

Devant la flambée des prix du pétrole, le Gouvernement français a récemment exhorté les compagnies pétrolières à faire des concessions en terme de prix à la pompe. Quelle est réellement la marge de manoeuvre des compagnies pétrolières pour amortir cette hausse des prix ?

C'est bien simple, la marge de manoeuvre des compagnies pétrolières est quasi inexistante !

D'abord, la montée des prix des carburants est mondiale : elle résulte d'une très forte progression de la demande en Asie, Chine et Inde notamment. Cette pression a été et est encore exacerbée  par les conséquences des ouragans Katrina et Rita, qui ont mis hors service plus de 15 % de la capacité des raffineries américaines.

Ensuite, il faut savoir que la France est le marché européen où les prix hors taxes sont parmi les plus bas et où les marges sont reconnues depuis longtemps comme étant les plus faibles. La marge opérationnelle d'un pétrolier sur un litre de carburant est en moyenne de l'ordre de 1 centime d'euros !... Il est mieux connu maintenant que la France est le pays d'Europe où le prélèvement fiscal par l'Etat est le plus élevé (rejointe par le Royaume-Uni depuis peu) : quand donc on parle de baisse des prix des carburants, on voit où réside l'éventuelle marge de manoeuvre !...

Enfin il faut savoir aussi que les prix des carburants, en France comme ailleurs, sont établis sur la base des cotations internationales, reflet de l'offre et de la demande mondiale. Quand les cotations internationales des carburants augmentent brutalement, aucun distributeur français ne dégage de bons résultats, parce qu'il est tout simplement impossible, dans un marché concurrentiel, de répercuter la totalité de ces hausses... Sont ajoutés aux prix internationaux les frais de logistique (coût des pipelines, dépôts, camions, etc.). Enfin, le prix en station-service est fixé en fonction de la concurrence des distributeurs dans une zone de chalandise donnée.

J'ajouterai, pour relativiser l'effort demandé par le Gouvernement, que Total, toutes activités pétrole et chimie confondues, ne réalise que 5 % de ses résultats en France...

2. Que fait concrètement Total pour répondre au problème du déséquilibre du marché du gazole en Europe et de l'ensemble du marché des produits pétroliers aux Etats-Unis ?

Cela fait déjà plus de 10 ans que Total alerte les responsables politiques sur l'impasse dans laquelle conduit le développement trop rapide de la motorisation diesel ! Et le problème ne risque pas d'être résolu de sitôt, car si les progrès du moteur diesel sont réels, ils ont été et sont encore favorisés par une fiscalité plus douce.

Le déficit de gazole est en fait un phénomène européen qui, depuis peu, s'élargit aux USA : la concurrence s'accroît donc désormais entre l'Europe et les USA pour importer du gazole.

Toutes nos raffineries ne peuvent être équipées en unités orientées vers la production de gazole, à cause d'une capacité trop réduite ou bien encore à cause de l'absence ou de l'insuffisance de charges propres à la production de gazole. Les investissements réalisés et planifiés par Total ne feront donc, malgré leur montant (3 milliards d'euros), que couvrir la croissance des besoins entre 2005 et 2010 : le déficit demeurera et sera même accentué quand de nouvelles spécifications (10 mg/kg de soufre) entreront en vigueur au 1er janvier 2009. Le  raffineur, comme le charcutier avec son cochon, doit valoriser tous les produits extraits des barils de pétrole brut. Quand tout le monde veut des parties nobles, jambon ou gazole, forcément leurs prix montent !

Pour toutes ces raisons il est assez facile de prédire qu'à défaut de cataclysme économique en Asie, les prix des carburants demeureront élevés dans les 5 prochaines années : à cause de la forte demande, à cause de l'insuffisante capacité de raffinage aux USA, à cause enfin de l'adaptation forcément insuffisante du raffinage européen aux besoins en gazole. Car contrairement aux USA, et contrairement à ce qu'on peut entendre ou lire, il y a en Europe une capacité suffisante de raffinage ; en revanche, il existe un fort déséquilibre entre l'offre et la demande en essences, gazole/jet et fuels lourds, d'où les problèmes d'adaptation évoqués.

3. Le Gouvernement français a encouragé les compagnies pétrolières à développer la filière biocarburants. Quelle est la politique de Total en matière de développement des nouveaux procédés de production de carburants ?

Les hydrocarbures d'origine fossile, quoi qu'on en dise, seront toujours dans les 40 à 50 ans les carburants les plus efficaces énergétiquement, et de loin les moins coûteux.

Concernant les biocarburants, il est légitime de leur faire une place en complément des hydrocarbures fossiles. Mais leur avenir dépend d'abord des Pouvoirs Publics qui doivent accepter de ne pas leur faire supporter durablement la même fiscalité que les carburants fossiles : les biocarburants ont besoin d'être défiscalisés pour être compétitifs.

Puisque l'Europe dispose d'un fort excédent d'essences et un égal déficit de gazole, il est légitime de favoriser avant tout le développement des biodiesels, au détriment de l'éthanol qui est utilisé dans les essences.

Concernant le long terme maintenant, il faut savoir que Total est un acteur important de la recherche dans le domaine des carburants alternatifs (ce sont des carburants produits à partir de gaz naturel, de biomasse ou encore de gaz naturel comprimé) et dans le domaine des motorisations futures (perfectionnements du moteur à combustion interne, piles à combustibles et hydrogène notamment). Et cette recherche sera amplifiée dans les années à venir ! Nous y tenons.

A bientot

 

Publié dans Pétrole

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ray 14/06/2006 03:00

Très bon article dans son ensemble (énergie contenu dans un litre, pouvoir calorifique, impossibilité de remplacer le pétrole malgré les discours de rêveurs, poids des taxes, ...).
Dommage de pencher dans l\\\'anti-US primaire :
"on voit ce qu’il ce passe en Irak pour un peu de pétrole".
 

caroline 18/04/2006 10:41

Bonjour, Ayant lu les différentes remarques que vous avez effectuées sur le thème du prix de l'essence, je me permets de vous adresser ce mail. Dans le cadre de l'émission "J'ai rendez-vous avec vous" présentée par M ARHAB tous les dimanches à 13h15 sur France 2, nous recherchons des invités sur le thème de la voiture et du prix de l'essence. Si vous avez envie de nous donner votre opinion, n'hésitez pas, contactez-nous à l'adresse mail suivante : rdv@france 2.frCordialement, Caroline

Tof 20/03/2006 20:22

Bonjour,
Votre article est particulièrement clair et argumenté. Ce qui n'est pas un mal dans la période de désinformation des médias.
Je pose cependant une question sur la hausse rapide des prix à la pompe (entres autres). Les prix d'achats en brut et matière première en énergie sont négocié sur du long terme. Le cout en est donc fixe. Le marché spot, à la marge, subie très rapidement la hausse.
Les entreprises ne font elles pas une opération de d'augmentation abusive ?
A bientôt,
Cordialement

Mouna 23/10/2005 20:39

Bravo pour cette initiative salutaire et merci!!!